Le cannabis

Publié le , par Damien
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Le Cannabis sativa L. est une plante robuste, adaptée à quasiment tous les milieux et connue pour ses nombreuses vertus. Très souvent assimilée comme drogue, elle a pourtant longtemps été utilisée à des fins industrielles. Malgré des désaccords de classification concernant les différentes espèces et / ou sous-espèces de chanvre (indica, rudéralis et afghanica), une chose est sûre, c’est le nombre impressionnant de lignées obtenues par hybridation du cannabis. On compte à ce jour, environ une centaine de variétés de chanvre qui se distinguent physiquement (taille, densité, tenue, feuilles, fleurs, graines, …) et chimiquement (cannabinoïdes, terpènes et flavonoïdes essentiellement). Tous ces croisements ont été faits dans un but bien précis : donner les caractéristiques optimales à une lignée de chanvre pour répondre à un usage bien défini. A ce jour, la culture du cannabis se propage de plus en plus au travers le monde afin de répondre à une large demande aussi bien dans un but récréatif, industriel ou médical.

La plante de chanvre

Le nom de chanvre est dérivé du latin cannabis. C’est une plante de la famille des Cannabaceae. Elle est une des premières à avoir été « domestiquée » par l’homme et malgré ses origines ancestrales d’Asie Centrale et du Sud, elle s’est rapidement retrouvée sur tous les continents du globe par migrations successives. Sa robustesse et ses grandes facultés d’adaptations aux différents climats et nuisibles existants lui ont permis de s’implanter facilement un peu partout et ainsi de se démarquer spécifiquement sur des critères phénotypiques et génotypiques. D’un point de vue strictement botanique le Cannabis sativa L. est la seule espèce de chanvre reconnue, toutes les autres dénominations seraient des variétés issues de cette pionnière asiatique qui se serait transformée génétiquement au fil du temps suite à des changements environnementaux et / ou par de multiples croisements. Le cannabis est de type dioïque, c’est à dire qu’il existe des plants mâles et des plants femelles nécessaires l’un à l’autre pour qu’il y ait une fécondation et donc la possibilité d’une descendance via une graine viable. C’est une plante annuelle, son cycle de vie de la germination à la production de graines (seeds) se fait sur une année. 

Les différentes variétés de cannabis ont permis la multiplication des son implication dans la vie de l’homme : 

  • La richesse en fibres d’une variété : usage agricole 
  • La concentration en cannabinoïdes naturellement présents dans une variété (principalement le CBD ou cannabidiol et le THC ou tétrahydrocannabinol) : usage récréatif 

Les variétés de cannabis

Généralement les teneurs respectives de CBD et de THC contenues dans le chanvre vont déterminer un type d’usage préférentiel du cannabis : 

  • Forte concentration en THC et faible concentration en CBD : usage récréatif 
  • Forte concentration en CBD et faible concentration en THC : usage agricole 

En réalité, les propriétés du cannabis ne se réduisent pas au dosage en cannabinoïdes, plusieurs facteurs vont influencer l’utilisation de cette plante : type de graines (féminisées, régulières, automatic seeds), croissance, robustesse, taille, tenue, floraison, teneur et type de substances actives, propriétés organoleptiques, richesse en fibres… On distingue naturellement 4 types de phénotypes de chanvre, caractérisés par certains botanistes comme étant 4 espèces bien différentes et par d’autres comme résultant de l’unique espèce de chanvre, Cannabis sativa L : 

  • Le Cannabis sativa L. : Aussi appelé « chanvre cultivé » ou « sativa », ce type de marijuana est essentiellement localisé dans les régions équatoriales. Sa croissance est rapide et importante. Dans des conditions optimales, un plant de cannabis de cette espèce peut atteindre 6 mètres de haut. En revanche, il est peu ramifié et possède un cycle de vie plutôt long. Très riche en fibres et avec une concentration respectable en THC, il est utilisé dans la fabrication de textile,  matériaux de construction, cosmétiques mais également pour un usage récréatif (drogue). 
  • Le Cannabis indica Lam : Aussi appelé « chanvre indien » de par son origine himalayenne (Nord de l’Inde) ou « indica », ce type de cannabis a une stature moyenne ne dépassant pas les 3 mètres mais très ramifiée, b un aspect buissonneux et un cycle de vie plus court que le phénotype précédent. La concentration de ses principes actifs est dépendante de son lieu de culture (climat et environnement) mais malgré tout, il se distingue des autres variétés de cannabis par ses effets psychotropes lourds et puissants (« stone ») qui lui confèrent un usage essentiellement récréatif avec des risques de dépendance.   
  • Le Cannabis rudéralis Janish : Aussi appelé « chanvre sauvage », il a longtemps été  considéré comme une mauvaise herbe sauvage (comme son nom commun l’indique ) poussant sur le bord des routes ou au détour d’un chemin en Europe Centrale et Europe de l’Est. Supportant des climats froids et hostiles, ce type de cannabis, de petite taille (moins de 1 mètre), peu ramifié et à la concentration très faible en THC (< 0,5%) possède une floraison très précoce ce qui le rend intéressant à cultiver. Il est vrai que de nombreuses variétés d’hybrides sont issues de croisements entre rudéralis et d’autres sous-espèces de cannabis afin d’apporter à la nouvelle lignée, cette caractéristique très recherchée par les cultivateurs de chanvre. 
  • Le Cannabis Afghanica : Aussi appelé « chanvre afghan », ce type de cannabis est essentiellement cultivé pour fabriquer du haschich (shit, résine, …). Originaire du Kafiristan (province isolée dans les montagnes situées entre le Pakistan et l’Afghanistan), il possède des nombreuses ramifications lui donnant un aspect buissonneux et une forte teneur en THC. En revanche,  sa petite taille (< 1,5 mètres) et, de ce fait, sa pauvreté en fibres, le rend inutile pour un usage agricole. 

Si la classification de ces 4 phénotypes de chanvre fait encore débat, toutes les variétés de cannabis retrouvées aujourd’hui ( OG Kush, Amnésia, Vanilla Kush, Hawaiian Skunk, Super Lemon Haze, Mango Kush, pour ne citer qu’elles parmi la centaine existante) ne sont que des hybrides issus de croisements successifs entre ces 4 lignées aux caractéristiques bien particulières.

Le cannabis au travers l’histoire

Les preuves des premières utilisations du chanvre dateraient de 8000 ans avant JC (dessin d’une feuille de cannabis sur de la céramique en Chine trouvée lors de fouilles archéologiques), depuis lors, le cannabis n’a cessé de faire parler de lui. On le retrouve rapidement sur tout les continents, aussi bien pour la robustesse de ses fibres que pour ses vertus psychotropes (drogues) : 

  • Usage industriel : Les vêtements étaient tissés à partir de cette plante dés 600 avant JC en Chine et à partir du Moyen Age en Europe. Jusqu’au XXe siècle, le papier était essentiellement fabriqué à base de chanvre et pendant longtemps, les billets de banque, les voiles et cordages des bateaux se confectionnaient à partir des fibres très résistantes de cette plante. Encore aujourd’hui, le chanvre est retrouvé dans l’industrie du textile mais, est de plus en plus utilisé dans le bâtiment comme isolant thermique et phonique. 
  • Usage psychotrope : Dès 2500 avant JC, certains rituels chinois avaient recours au cannabis pour ses « effets magiques ». Ce genre de rituels, parallèlement à la médecine moderne, quelque soit l’époque, a été perpétré longtemps et l’est encore aujourd’hui sous différentes formes ( guérisseur, chaman, sorcière, transe, hypnose, …) mais toujours dans un but : guérir, soigner, soulager. Si depuis les années 90 la consommation de cette plante si particulière n’est plus stéréotypée, mais au contraire retrouvée dans tous les types de milieux et pour différents usages, elle a longtemps été considérée comme marginale, réservée aux « voyous » et aux jeunes. Pour exemple, la consommation du chanvre indien est arrivé en Europe avec le mouvement hippie des années 70 et symbolisait la contestation de la société bourgeoise. 

Si la consommation du cannabis en tant que drogue et l’utilisation de ses fibres lui ont permis de traverser l’histoire au point de se répandre dans quasiment tous les pays du monde, ses qualités alimentaires (graines oléagineuses) et ses propriétés médicales ne sont pas en reste.

Le cannabis thérapeutique

Comme on l’a vu dans le chapitre précédent, l’histoire du cannabis est pleine de rituels et autres cérémonies hypnotiques qui utilisaient les propriétés de cette plante pour soulager un malade. Mais la médecine moderne, même si elle n’utilisait pas ces pratiques avait également recours au cannabis en tant que traitement. Plusieurs manuscrits décrivent d’ailleurs les effets de traitements cannabiques sur la santé de patients : anti-douleur,  anti-nausée, anti-inflammatoire. Des propriétés similaires sont constatées aujourd’hui chez les malades traités au cannabis, dans les pays ouverts au chanvre thérapeutique. 

Le cannabis a donc longtemps été utilisé pour ses bienfaits sur certaines pathologies. Si les pharmacopées ont peu à peu abandonné cette plante (1953 en France) c’est pour ses effets nocifs sur la santé et addictifs car en plus d’avoir des propriétés analgésiques, le cannabis possède une action psychotrope plus ou moins puissante mais pouvant engendrer, à court et long terme, de sérieux désordres psychiques et physiques (anxiété, paranoïa, hallucination, isolement social, déficience respiratoire, troubles cardio-vasculaires,…). La balance entre bénéfice et risque s’est alors posée et la consommation de cannabis quelque soit sa forme est devenue illicite sur le territoire français entre autres. 

C’est en 1964, que le chimiste israélien, Raphaël Mechoulam, a isolé du reste de la plante la substance active tétrahydrocannabinol (THC). A partir de là, il devient le pionnier de l’utilisation médicinale du chanvre et publie de nombreux articles tirés de ses recherches scientifiques sur le fonctionnement des cannabinoïdes et leurs effets. Ses découvertes ont relancé, à l’international, les débats sur l’utilisation, la législation et l’intérêt médical du cannabis. 

En France, en 2019, un amendement proposant de tester les traitements au cannabis thérapeutique a été voté à l’unanimité. Ce test s’étalera sur 2 ans et concernera 3000 patients suivis en milieu hospitalier afin de connaître la balance des bénéfices / risques d’un tel traitement. Si cette évaluation devait débuter durant le dernier trimestre 2020, elle a du être repoussée à janvier 2021 à cause de l’épidémie du Covid-19.

Les substances actives des plantes de cannabis

On retrouve essentiellement 3 types de principes actifs  présents dans le cannabis : 

  • les cannabinoïdes : Ce sont les substances chimiques naturellement présentes dans les plantes de Cannabis sativa L. qui activent de façon directe ou indirecte les récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2 du système endoncannabinoïde (SEC) des mammifères. S’il en existe une centaine en tout, chaque variété de cannabis aura des proportions plus ou moins variables de ces composés actifs et chaque variété elle même verra ses concentrations variées en fonction des facteurs climatiques et environnementaux. Parmi ces différents cannabinoïdes, 3 d’entre eux sont les plus répandus et les plus remarquables par leurs effets : le THC (tétrahydrocannabinol), le CBD (cannabidiol) et le CBN (cannabinol). Leur biosynthèse a lieu dans des glandes résineuses spécifiques (trichomes) plus ou moins réparties dans les parties aériennes de la plante. Les plus grosses teneurs en cannabinoïdes se retrouvent essentiellement dans les inflorescences (fleurs, têtes, buds, bourgeons). Ces 3 molécules chimiques du cannabis sont les plus étudiées et les plus utilisées, dans les pays ouverts à leur consommation, pour leurs vertus médicales. Le cannabinol résulte de l’oxydation du tétrahydrocannabinol exposé à la lumière, son intérêt médical porte essentiellement sur son action sédative. Si le THC est la substance active qui a mené à la prohibition de l’usage du cannabis pour son effet psychoactif menant à une dépendance psychique, le CBD qui ne produit pas d’effets secondaires psychotropes apparaît comme totalement légal en tant que simple molécule. Ses bienfaits et sa légalité contrôlée ont suscité de nombreux intérêts commerciaux (shops) et thérapeutiques (consommateurs). Des produits au CBD (huile, oil seeds, fleurs, cosmétiques, compléments alimentaires) ont alors rapidement vu le jour et leur succès n’a fait qu’augmenter au fil du temps pour être en pleine explosion actuellement. 
  • Les flavonoïdes : Comme la plupart du monde végétal, le cannabis produit des flavonoïdes. Si dans les plants de marijuana certaines de ces molécules sont communes à celles retrouvées dans les fruits ou les légumes, il en existe 23 spécifiques à cette plante, les « cannaflavines ». Non psychoactifs et susceptibles d’avoir d’intéressantes propriétés anti-oxydantes, antibactériennes et anti-virale, les flavonoïdes sont de bon alliés pour optimiser les effets des cannabinoïdes (effet d’entourage). 
  • Les terpènes : Ce sont les principaux composants d’une plante à résine ou à huile essentielle. Pour ce qui est du cannabis en tant que plante, ce sont les terpènes qui lui confèrent ses propriétés organoleptiques (goût et odeur) très utiles à la pollinisation, et très appréciées des consommateurs ! Outre leurs propriétés aromatiques, les terpènes peuvent entrer en synergie avec les autres molécules de la plante en tant que catalyseurs ou d’inhibiteurs. 

La culture du cannabis

On distingue deux façons  de cultiver le cannabis : 

  • Culture en intérieur (indoor) : Cette culture permet de contrôler tous les facteurs exogènes au plant de chanvre (hygrométrie, température, apport d’engrais, éclairage, …). Si cette pratique est préférée par les laboratoires (cannabis thérapeutique) et les revendeurs officiels (chanvre CBD et récréatif dans les pays où la loi le permet) c’est car elle permet d’obtenir une certaine homogénéité des plants de cannabis d’une même variété (rendement, teneur en substances actives, …) puisqu’elle est préservée des variations climatiques et environnementales. Elle est également de plus en plus utilisée par les jeunes cultivateurs en herbe aussi bien pour sa discrétion (car interdite) que pour sa facilité d’exécution. En France et dans le reste du monde, de nombreux magasins ce sont spécialisés dans la vente de matériel spécifique à ce genre de culture. 
  • Culture en extérieur (outdoor) : Si dans des conditions optimales de culture outdoor, un pied de chanvre aura de meilleurs rendements qu’en intérieur  pour une même variété, c’est uniquement car les apports sont moins limités dans l’espace et, de ce fait, la plante pourra mieux se développer. En revanche, ce type de culture est plus aléatoire car dépendant des facteurs environnementaux et climatiques qui peuvent sérieusement impacter, en mauvaises conditions, une récolte. Cette agriculture en champs est essentiellement retrouvée pour le chanvre à usage agricole qui mise plus sur la quantité du produit (taille, poids, aspect)  que sur sa qualité (concentration en cannabinoïdes, terpènes et flavonoïdes). Cependant, dans les gros pays producteurs et exportateurs de cannabis illégal (drogues : kif, résine ou fleurs), comme le Maroc, il n’est pas rare de croiser au détour d’un chemin, un champs de marijuana perdu au milieu de la montagne car ce type de culture est beaucoup moins coûteux et plus anonyme. 

Mis à part par le clonage d’un plant de chanvre existant, la culture du cannabis démarre d’une graine. Aujourd’hui, dans les banques de graines (seeds bank) trois grands types se distinguent : 

  • Les graines régulières : Forme «naturelle» d’une graine qui donnera naissance à un pied de cannabis mâle ou femelle. 
  • Les graines féminisées : Graine garantissant à son cultivateur l’obtention d’un pied femelle. Ces graines sont les plus utilisées pour avoir du cannabis à usage récréatif (stupéfiants) ou thérapeutique car il garantit la formation des inflorescences où se situe la teneur optimale en principes actifs. 
  • Les graines à auto floraison (automatic seeds) : La marijuana issue d’une graine « automatic » est indépendante de la photopériode, de ce fait, la durée de sa culture (croissance et floraison) est programmée à l’avance. Si les rendements de cette plante sont moins abondants que ceux du cannabis de la même variété issu d’une graine féminisée, sa petite taille et son cycle de vie court  lui confère des atouts non négligeables pour les cultivateurs novices.   

Les graines de cannabis étant dépourvues de THC, il est tout à fait légal d’en posséder en revanche, il est interdit de les faire germer. Des graines de multiples variétés de chanvre se retrouvent ainsi ouvertement proposées dans les vitrines de shops spécifiques. Elles sont vendues comme graines de collection.

Les différents produits issus de la culture du cannabis

Il existe de nombreux produits fabriqués à partir du cannabis. Si certains sont légaux car issus d’une plante de chanvre aux concentrations en THC inférieures à 0,2% (seuil toléré par la Loi française), d’autres sont considérés comme stupéfiants : 

  • Chanvre agricole : fibres textile, matériaux de construction (briques, isolants thermiques et phoniques), litière, graines destinées à l’alimentation animale, biocarburant, graines de chanvre. 
  • Chanvre récréatif (drogues) et médical (dans les pays où la loi en rigueur le permet) : fleurs (herbe, beuh, buds, têtes, …), feuilles, huile à spectre complet (fullspectrum), résine de cannabis (haschich, shit, chichon, afghan, pollen, …), capsules d’huile, beurre de Marrakech, médicaments. 
  • Chanvre « thérapeutique » français (produits au CBD) : huiles de CBD (isolats de CBD, huile broadspectrum ou fullspectrum), huile de graines (oil seeds), résine de CBD, cosmétiques (baumes, pommade), compléments alimentaires (gélules, capsules, graines grillées…), liquides pour cigarette électronique, fleurs et feuilles séchées (infusion, vaporisation). 

Le Cannabis sativa L. et ses dérivés ont suscité de nombreux intérêts à l’homme en fonction de leurs différentes caractéristiques : richesse de leurs fibres (cannabis industriel), vertus et concentration de leurs produits actifs (drogues ou médicales),  facilité d’adaptation aux changements environnementaux et qualités organoleptiques. Si l’usage du chanvre remonte à la nuit des temps, sa consommation n’a cessé d’augmenter et de se diversifier pour connaître actuellement une véritable explosion. D’une part car de plus en plus de territoires s’ouvrent au cannabis médical mais, également, pour les bienfaits révélés par le chanvre CBD qui à priori ne présente aucun risque pour la santé (non psychotrope). En France, si fumer un joint d’herbe reste un acte répréhensible par la loi et dangereux pour la santé, aujourd’hui la stigmatisation systématique du cannabis appartient au passé.