Le cannabis : végétal, drogue

Publié le , par Noémie Leroy
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Cette plante mondialement connue pour ses effets psychotropes, cache en réalité d’autres propriétés plus ou moins intéressantes d’un point de vue industriel mais également thérapeutique. En effet, le cannabis se décline en un nombre impressionnant de variétés plus ou moins spécifiques à un usage. Si dans un texte très détaillé, nous avons décrit cette plante en long, en large et en travers, ici, nous allons tenter de la présenter brièvement afin de répondre à toutes sortes de questions qui la concerne.

Le cannabis en tant que végétal

Les plantes de chanvre sont généralement dioïques (mâles et femelles nécessaires à la fécondation) et se distinguent sur ce point autant par leur anatomie que par leur composition :
– Les plants femelles produisent les grosses fleurs résineuses chères aux consommateurs souvent en forme de grappes le long de la branche, aux entre nœuds et à l’apex des tiges. Les plantes de chanvre femelles sont de plus en plus souvent issues de graines féminisées afin de garantir le sexe et donc, le rendement de la culture.
– Les plants mâles produisent de petites fleurs en clochettes à la base des feuilles. Si leur présence est essentielle pour qu’il y ait fécondation et donc production de graines permettant d’ensemencer de nouveaux individus, pour les cultivateurs de weed, le pollen des plants mâles peuvent ruiner une récolte de plants femelles, ils sont alors bien souvent arrachés dès la distinction possible du sexe

Comme la majorité du règne végétal, une plante de cannabis est composée :
– De racines : longues et blanches. Comme pour la plupart des plantes, les racines de chanvre absorbent du substrat où elles se trouvent les minéraux, les nutriments et l’eau nécessaires à la photosynthèse. Lieu de stockage énergétique.
– D’une tige principale et de branches : souvent creuses et cannelées (notamment pour les variétés sativa) et riches en fibres (exploitation industrielle). La tige est entrecoupée par des nœuds à partir desquels se forment les feuilles puis les branches (elles même divisées en section).
– De feuilles : les feuilles de chanvre sont universellement connues et représentent le symbole du canabis. Elles sont formées de folioles dentelées en nombre plus ou moins variable selon la variété (sativa, indica ou rudéralis), pouvant aller dans des cas extrêmes jusqu’à 15 (mais généralement, entre 5 et 9). Leur apparence (taille, grosseur, densité, couleur, nombre de folioles) varie également d’une sous espèce à une autre de telle sorte, qu’un œil averti peut reconnaître une indica d’une sativa juste en regardant leurs feuilles.
– De fleurs : variables en tous points (sexe, couleur, taille, densité, composition, odeur, …) en fonction du sexe de la plante mais également de sa variété. Les fleurs de plants femelles sont globalement composées de pistils, calices et trichomes auxquels se mêlent de toutes petites feuilles résineuses. Les trichomes sont le lieu de biosynthèse des composés actifs du canabis (terpènes, cannabinoïdes et flavonoïdes). Les têtes de chanvre sont particulièrement appréciées pour une consommation récréative (drogue ou produit CBD) et tendent, ces dernières années, vers une utilisation thérapeutique.
– De graines : en forme de petit ballon de rugby lisse souvent tacheté, de couleur et taille variables. Outre leur fonction première qui est de générer un nouvel individu, les graines de cannabis sont utilisées dans l’alimentation humaine et animale. Pressées pour donner de l’huile de graines de chanvre, grillées pour être ingérées comme complément alimentaire ou écorchées pour nourrir les animaux (écorce).

Le cannabis en tant que drogue

Parmi toutes les drogues répertoriées, le chanvre indien est la substance illicite la plus consommée en France aussi bien par les jeunes que par les adultes. En 2017, 44,8 % des adultes âgés de 18 à 64 ans auraient consommé un joint au moins une fois, contre 42,0 % en 2014 (1). En réalité, si on a tendance à stigmatiser le cannabis comme une drogue, ce n’est pas toute la plante qui est incriminée mais un de ses composés actifs : le cannabinoïde tétrahydrocannabinol (THC) (2), composé psychotrope pouvant mener à une dépendance psychique.

Malgré ces controverses sur la santé, la consommation du cannabis augmente chaque année et ce, pour ces nombreux effets :
– euphorisant
– stimulant, « high cérébral »
– relaxant (musculaire et / ou cérébral), « stone corporel », effet « couch lock »
– thérapeutiques (analgésique, anxiolytique, lutte contre l’insomnie, régulation de l’appétit, anti nauséeux, …)

Aujourd’hui, le canabis thérapeutique est encore à l’étude et ce, malgré les nombreuses vertus qui sont rapportées par ses usagers. Malgré un manque de données permettant l’autorisation de sa mise en vente sur le marché français, trouver du canabis (même illicite) est à la portée de tout le monde tant le trafic est fort. 
Le canabis en tant que stupéfiant se retrouve essentiellement sous 3 formes, classées selon leur taux de THC (composé psychotrope) :
– herbe, weed, marijuana, beuh, … : généralement fumée dans un joint avec du tabac ou inhalée pure dans un vaporisateur.
– haschich, shit, résine de canabis : généralement fumé dans un joint avec du tabac ou inhalé pur (ou mixé au tabac) dans un vaporisateur.
– huile : forme de cannabis la plus concentrée, fumée à partir d’une cigarette sur laquelle on a ajouté quelques gouttes d’huile, dans une pipe ou inhalée avec un vaporisateur.
Si ces modes de consommation sont les plus communs, il est tout à fait possible, mais plus marginal, d’ingérer du chanvre autrement qu’en le fumant ou l’inhalant (cuisine, infusion, …), il faudra juste être plus patient (digestion) pour en ressentir les effets, mais ils seront bien là !

Le cannabis légal

Depuis quelques années, il n’est pas rare dans certains pays d’Europe, de trouver du canabis dit légal. En France, depuis 2018, des shops plus ou moins spécialisés dans la vente de produits au canabis se sont effectivement ouverts. Dans leurs vitrines, fleurs de chanvre, huiles de graines, liquide CBD, tisanes de feuilles et autres produits sont vendus en toute légalité tels que ceux des célèbres coffee-shops d’Amsterdam (Pays Bas). Si ces produits sont bien dérivés du canabis, ils ne sont pas pour autant tout à fait comme leurs confrères hollandais : Ils contiennent un taux en THC inférieur à 0,2% pour répondre à la législation française concernant les variétés de chanvre autorisées à l’exploitation, la commercialisation et la consommation (3).

Si la culture de telles variétés a longtemps été utilisée pour la richesse de leurs fibres (industrie), elles sont aujourd’hui cultivées également pour leurs effets récréatifs et thérapeutiques. Outre le THC, d’autres composés actifs du canabis intéressent les usagers et notamment, le CBD (cannabidiol). La plupart des boutiques et leurs marchandises sont d’ailleurs souvent accompagnées de cette abréviation :
– Bistrot CBD : boutique en ligne française, de fleurs de chanvre séchées légales et d’huiles bio à spectre complet (fullspectrum).
– OG Kush CBD : célèbre variété d’herbe dans sa version CBD (sans THC).
– huile CBD : huile généralement extraite de la tige et des graines de chanvre (oil seeds).
– e-liquide CBD : liquide pour cigarette électronique contenant du cannabidiol.
Avec la demande qui ne cesse d’augmenter et le type de consommateurs de plus en plus hétéroclites, si l’herbe, l’huile et les liquides CBD sont les formes de produits contenant du cannabidiol les plus emblématiques, les formes, sous lesquelles on retrouve ce cannabinoïde, se diversifient de plus en plus (gélule d’huile, résine, …).

Les chiffres autour du cannabis et sa légalisation

Selon le célèbre magazine spécialisé dans le domaine du canabis, Newsweed qui s’appuie lui même sur des des rapports de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ, publié en 2016) (4) et de l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) (5), on estime :
– Nombre de consommateurs de canabis : 5 millions
– Consommation annuelle des français en 2020 : 360 à 500 tonnes
– Substances : 66% de marijuana, 32% de haschich, 2% autre (huile, concentrés solides, …)
– Prix moyen de revente : 10 € le gramme pour l’herbe, 5 € le gramme pour du haschich et 4 € le gramme pour les concentrés de canabis
– Chiffre d’affaire : 3,24 milliards d’euros
– France : 1er pays consommateur de cannabis d’Europe

Malgré les estimations impressionnantes que rapportent le trafic de cannabis et donc, le manque à gagner pour le gouvernement, la France n’envisage pas pour le moment de tendre vers une légalisation du canabis. Cependant, un communiqué du ministère de la santé du 3 juin 2020 révèle l’amendement d’Olivier Véran (ministre de la Santé), voté à l’unanimité à l’Assemblée Nationale, sur la proposition d’une expérimentation de 2 ans de l’usage médical du cannabis. Initialement prévue pour Septembre 2020, cette expérimentation a du être repoussée à Janvier 2021, suite à l’épidémie de la Covid-19 (6). En fonction des résultats (bénéfice / risque), si la loi française n’est pas prête de modifier la liste des stupéfiants en y supprimant le THC et, de ce fait, de ne pas légaliser la consommation récréative (THC) du chanvre, des médicaments à base de canabis (autre que l’epidiolex) pourraient voir le jour et être prescrits moins difficilement.

Consommé depuis la nuit des temps, le cannabis a longtemps était considéré comme une plante magique pour les états que sa consommation procurent. Arrivée en France par le mouvement hippie des années 60-70, cette plante s’est très rapidement popularisée auprès des jeunes avides de sensations fortes et des artistes en manque d’inspiration. Aujourd’hui, l’usage de cannabis concerne un large panel de la population aussi bien pour ses effets récréatifs que pour son action hypothétiquement thérapeutique.

Références : 

  1. Spilka S., Richard J.-B., Le Nézet O., Janssen E., Brissot A., Philippon A., Shah J., Chyderiotis S., Andler R., Cogordan C. Les niveaux d’usage des drogues illicites en France en 2017. Tendances, OFDT, 2018, n° 128, 6 p.  : https://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxssyb.pdf
  2. Arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000533085/2020-10-09/
  3. Article 2 de l’arrêté du 22 août 1990 portant application de l’article R. 5132-86 du code de la santé publique pour le cannabis  : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000351447/2020-10-09/ 
  4. Synthèse; Rapport final pour la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives, 2016, Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ) : https://www.newsweed.fr/wp-content/uploads/2018/02/synthese_rapport_argent_de_la_drogue.pdf 
  5. Synthèse thématique : cannabis, 2020, OFDT  : https://www.ofdt.fr/produits-et-addictions/de-z/cannabis/ 
  6. ANSM  : https://ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/Experimentation-de-l-usage-medical-du-cannabis-poursuite-des-travaux-Point-d-Information